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TEXTE DE PAUL ARDENNE POUR TIPEES – Exposition mars 2020 – Alice Gallery – Bruxelles 

AURÉLIE GRAVAS — L’ART FAIT MON NID Paul Ardenne

« Peindre, pour moi ? L’envie de créer un espace devant lequel je puisse rester jusqu’à la fin du monde. »

Il existe de multiples façons de regarder un tableau. On peut jouir de ce qu’un tableau repré- sente, on peut se demander, encore, comment l’artiste l’a réalisé, quelle était son intention, quel bénéfice psychologique il attend d’en tirer. De même qu’il y a plusieurs manières de regarder un tableau et de lui trouver un sens ou une justification, l’acte de création a lui aussi maintes finalités. On peut créer, artiste, par vanité (laisser quelque chose de soi au monde), par dé- sœuvrement (s’occuper), par habitude (la pratique comme routine), par plaisir (le bonheur de faire quelque chose d’inédit ou d’expérimental). L’erreur, peut-être, est de considérer la création artistique, la Schöpfung, comme un processus à même d’être homogénéisé, universalisé, iden- tique pour tous les créateurs.

Venons-en à la peinture d’Aurélie Gravas, artiste française établie à Bruxelles, pour signifier d’emblée qu’on l’appréciera en ces lignes au prisme de la spécificité, non de l’universalité. La ma- nière d’Aurélie Gravas n’appartient qu’à elle. Élaborée par collage, par brossage, par tracé avec un sens très travaillé des agencements, elle échappe à toute narration, oscille entre figuration et abstraction, ne rejette pas la tradition, incarnée sans fard par les références à de grands aînés, quoiqu’en traçant une voie singulière. Autre point singulier que l’on prendra en considération : l’intitulé de cette nouvelle série de tableaux présentée cet hiver à Bruxelles, « Tipees », plutôt sibyllin. Le tipee ? Cet habitat amérindien, de toile et de bois, a pour caractéristique d’être plus précaire que solide, et nomade autant que sédentaire.

Un processus

En une dizaine de tableaux de différents formats, Tipees expose à nos regards un univers coloré parfois figuratif, parfois abstrait. Ces compositions sont retorses à toute narration. On n’y raconte nulle histoire. On y fixe, plutôt, des situations.

Que voit-on ? Des natures mortes, bouquets de fleurs, bouteilles, fenêtres et autres éléments de mobilier. Des paysages naturels baignés dans la lumière sur lesquels viennent se poser ou s’agitent des éléments incertains, parfois géométriques. Les formes dominantes, s’agissant des tableaux de Tipees, privilégient la rondeur, plutôt que l’arête, et l’allusion, plutôt que la docu- mentation. Plus flottantes qu’amarrées à l’espace, ces formes évoquent de loin l’arrière-plan de certains tableaux riches en végétation du douanier Rousseau. Côté couleurs, Tipees impose une dominante claire et lumineuse, contre l’obscur et l’effet de noirceur, parfois présent çà ou là.

Plénitude et mystère, en ces lieux non qualifiés, se disputent l’espace des toiles, un espace que l’artiste n’occupe pas en all over, souvent laissé vierge, sous l’espèce d’amples réserves. Le ré- sultat, qui tend vers Miro, Morandi, Calder, Paul Klee, le Picasso de La joie de vivre (1947), Yves Tanguy, sollicite l’œil et le repose, en un même mouvement dynamique et posé. Quelques rares portraits émergent dans cet ensemble peu humanisé. Ils sont mal définissables, et plutôt arché- typiques. Relevons, entre ceux-ci, celui d’une grenouille verte ou encore la silhouette colorée d’une femme traitée en style Sonia Delaunay.

Autant le reconnaître : trop froide, trop documentaire, la description engagée ici des tableaux de Tipees manque son but. Optiquement, Tipees – l’ensemble des peintures exposées – s’appré- hende en effet comme un tout, non comme une addition de parties disparates. L’œil du specta- teur s’y confronte à un paysage d’humeur, à l’équivalent d’un panorama psychologique où la partie concourt au tout et où l’ambiance générale importe bien plus que l’esprit particulier que sécrète chaque tableau. L’effet d’immersion sensible, pour l’occasion, prévaut comme il pré- vaut quand on contemple, sertis dans le musée de l’Orangerie, les Nymphéas de Claude Monet. Tipees est en vérité un groupe peint, atmosphérique, fédéré comme un ciel aux nuances diverses mais unique, tout concourt à en faire une entité.

Point par point

Une entité paradoxale, faut-il le préciser. Pourquoi ? Le tout, d’une homogénéité notoire, naît d’un processus méticuleux, réalisé point par point.

Lorsqu’elle peint, Aurélie Gravas procède non à coups de grands gestes définitifs mais, tout au contraire, par accumulation de gestes différents les uns des autres, singularisés. Cette artiste, toujours, cérébralise son propos et son geste. Elle n’entreprend ses tableaux qu’avec précau- tion, et de son aveu, au terme d’un long temps de réflexion. Premier moment : Aurélie Gravas dispose sur la toile, avant de les y coller, quelques formes prédécoupées dans du papier, une technique utilisée en son temps par le dernier Matisse avec ses Gouaches. Ces formes décou- pées, qui peuvent avoir été peintes séparément, sont ensuite accompagnées de tracés faits cette fois directement sur la toile, de façon non homogène. Certains de ces tracés sont peints à la bombe mais d’autres le sont à l’huile, d’autres encore sont dessinés au fusain. Fragmentation des gestes exécutés, division des différents éléments venant se combiner dans la toile : cette fa- brique s’assimile à une création à tâtons, à une construction relevant de l’agencement sinon du jeu de patience. De même que l’on ouvrirait un chemin ou, comme invite à le formuler l’intitulé Tipees, de même que l’on construirait une maison, mais alors une maison non préfabriquée, brique à brique, sans nul plan de montage.

Aurélie Gravas, avec Tipees, conçoit l’équivalent d’une suite. Ce terme « suite », avantageuse- ment, sera compris en son sens musical : la juxtaposition et l’enchaînement de mélodies pou- vant dissoner les unes les autres mais servant toutes un même dessein. L’artiste n’est pas une ex- pressionniste, surtout pas. Rien, dans sa peinture, n’est jeté, lâché ou évacué comme une gloire ou comme une sanie. Chaque tableau, plutôt, est une élaboration où l’on pèse chaque nouvel agencement des formes, une cosa mentale. L’artiste y met en forme un territoire visuel, territoire visuel dont on pressent qu’il est aussi un territoire psychique ou, mieux dit, un autoportrait ex- tériorisé sous la forme d’un paysage d’événements picturaux d’apparence impersonnelle mais en réalité très personnels.

La nidification

Aurélie Gravas a recours à l’art comme à une stratégie de vie et de survie. Créer, dans son cas spécifique – sans le moindre désir de démontrer quelque chose, ou de faire école –, c’est bâtir un lieu de protection, havre contre tout ce qui vient menacer la vie. L’atelier, milieu cloîtré et à part du monde qu’elle apprécie fortement, où elle passe de longues journées, parfois à juste contempler ses tableaux, est un abri. Le bunker de l’individualité protégée, préservée.

Tipees ? Venons-en à ce que suggère l’intitulé de cette série de tableaux, une métaphore de l’art comme habitat. Aurélie Gravas, par le biais de la peinture – tout à la fois l’activité, qui demande du temps, et les tableaux réalisés, qui constituent une victoire sur le vécu et sur toute adversité –, fait de sa création une sorte de nid, de zone de repli salutaire où l’on peut échapper aux vicissitudes du présent. Quoique contemporaine d’une actualité lourde et souvent cruelle, sa peinture entend rester distante de toutes réalités douloureuses de notre présent. En lieu et place, dans une perspective qui est celle de l’échappée et du surmontement, elle use de l’art comme de cette pratique armée qui permet à la vie d’échapper à ces drames. Indifférence ? Non. Changement de territoire, en l’occurrence. Aurélie Gravas peint pour ne pas laisser le désarroi, le scandale ou la peur prendre les commandes, pour se ménager la possibilité de la sérénité, cette donnée devenue si rare dans nos vies stressées.

Il en va en fait de l’acte de peindre, chez cette artiste à la fois puissante et fragile, comme d’un acte d’autoprotection, contre deux destructions potentielles. D’une part, la destruction à quoi expose le dehors – rien n’y est au juste apaisant longtemps, et de multiples menaces, toujours, rôdent en lisière. D’autre part, la destruction à quoi expose la peur de ne pas être à la hauteur de la dureté du monde, une peur qui vous fait préférer le confinement stérile, voire l’autodes- truction préventive. Peindre dans l’atelier devenu un « tipee », engendrer une peinture qui est comme l’existence dans le « tipee », au creux de l’atelier, ce lieu entre tous élu d’Aurélie Gravas, sa Terre promise, permet de mieux négocier avec soi. Permet de juguler d’éventuelles paniques en les convertissant en formes. De les juguler, ces paniques, mais pas de les éteindre tout à fait ou à tout coup, précisons-le : le tipee n’est pas une forteresse, il reste un habitat fragile, il est aussi un habitant flottant qui se meut avec le mouvement de la vie sans pouvoir toujours échapper à ses contraintes et ses aléas problématiques.

Aurélie Gravas : son art se lie avec l’espérance de la paix, du repos, de la vie se changeant en une éternité tranquille. Peindre, dans cette forme singulière de nidification, ouvre une paren- thèse, et stabilise le vécu, tandis que la menace ne s’éteint pas mais reste à la porte du tipee

Paul Ardenne est écrivain et historien de l’art.
Il est notamment l’auteur de Art, le présent (2009).

exhibition view, tipees, instruments

 

AURÉLIE GRAVAS – ART MAKES MY NEST

Paul Ardenne

“Painting, for me? The desire to create a space in front of which I can stay until the end of the world.”

There are multiple ways to view a painting. We can enjoy what a painting represents, we can wonder, again, how the artist realized it, what was his.her intention, what psychological benefit he.she expects to draw from it. Just as there are many ways to look at a painting and find meaning or justification, the act of creation also has many purposes. You can create, artist, out of vanity (leaving something of yourself in the world), through idleness (taking care of), out of habit (prac- tice as a routine), out of pleasure (the happiness of doing something new or newexperimental). The error, perhaps, is to consider artistic creation, the Schöpfung, as a process capable of being homogenized, universalized, identical for all creators.

Let us come to the painting of Aurélie Gravas, French artist established in Brussels, to signify straight away that we will appreciate it in these lines through the prism of specificity, not of uni- versality. The manner of Aurélie Gravas belongs only to her. Developed by collage, by brushing, by tracing with a very worked sense of arrangements, it escapes all narration, oscillates between figuration and abstraction, does not reject tradition, embodied unvarnished by the references to great elders, although by tracing asingular way. Another singular point that we will take into consideration: the title of this new series of paintings presented this winter in Brussels, “Tipees”, rather sibylline. The tipee? This Native American habitat, of canvas and wood, has the character- istic of being more precarious than solid, and nomadic as much as sedentary.

A process

In a dozen paintings of different formats, Tipees exposes to our eyes a colorful universe some- times figurative, sometimes abstract. These compositions are twisted to any narration. There is no story told there. Rather, it fixes situations.

What do we see? Still lifes, bouquets of flowers, bottles, windows and other pieces of furni- ture. Natural landscapes bathed in light on which come to rest or stir uncertain elements, some- times geometric. The dominant forms, as far as Tipees’ paintings are concerned, favor round- ness, rather than edge, and allusion, rather than documentation. More floating than moored in space, these shapes evoke from afar the background of certain paintings rich in vegetation by the Douanier Rousseau. In terms of colors, Tipees imposes a clear and luminous dominance, against the dark and the effect of darkness, sometimes present here or there.

Plenitude and mystery, in these unqualified places, compete for the space of the canvases, a space that the artist does not occupy all over, often left blank, under the kind of ample reserves. The result, which tends towards Miro, Morandi, Calder, Paul Klee, the Picasso of La joie de vivre (1947), Yves Tanguy, catches the eye and rests it, in the same dynamic and posed movement. Some rare portraits emerge in this little humanized set. They are not exactlly definable, and rath- er archetypical. Let us note, between these, that of a green frog or the colorful silhouette of a woman treated in Sonia Delaunay style.

As much to recognize it: too cold, too documentary, the description engaged here of the paintings of Tipees misses its purpose. Optically, Tipees – the set of paintings on display – is indeed understood as a whole, not as an addition of disparate parts. The eye of the specta- tor is confronted with a landscape of humor, the equivalent of a psychological panorama where the part contributes to the whole and where the general atmosphere matters much more than the particular spirit that secretes each painting. The sensitive immersion ef- fect, for the occasion, prevails as it prevails when one contemplates, set in the Musée de l’Orangerie, the Nymphéas by Claude Monet. Tipees is actually a painted, atmospheric group, federated like a sky with diverse but unique nuances, everything contributes to make it an entity.

Point by point

A paradoxical entity, it must be specified. Why ? The whole, of a remarkable homogeneity, arises from a meticulous process, carried out point by point.

When she paints, Aurélie Gravas proceeds not with great final gestures but, on the contrary, by the accumulation of gestures different from each other, singularized. This artist, always, cerebralizes her words and her gesture. She only undertook her paintings with caution, and by her own admission, after a long period of reflection. First moment: Aurélie Gravas arranges on the canvas, before sticking them, some pre-cut shapes in paper, a technique used in his time by the last Matisse with his Gouaches. These cut shapes, which may have been painted separately, are then accompanied by lines made this time directly on the canvas, in a non-homogeneous way. Some of these lines are spray-painted but others are in oil, others are drawn in charcoal. Fragmentation of the executed gestures, division of the various elements coming to combine in the canvas: this factory is assimilated to a groping creation, to a construction coming from the arrangement if not from the game of patience. Just as one would open a path or, as the wording Tipees calls it, as one would build a house but a non-prefabricated house, brick to brick, without any assembly plan.

Aurélie Gravas, with Tipees, designs the equivalent of a suite.This term “suite”, advantageously, will be understood in its musical sense: the juxtaposition and the sequence of melodies that can disson each other but all serving the same purpose. The artist is not an expressionist, especially not. Nothing in her painting is thrown, dropped or evacuated like glory or like sanie. Each paint- ing, rather, is an elaboration in which she weighs each new arrangement of forms, a cosa mentale. The artist shapes a visual territory there, a visual territory which we sense is also a psychic terri- tory or, better said, a self-portrait exteriorized in the form of a landscape of pictorial events of impersonal appearance but in reality very personal.

Nesting

Aurélie Gravas uses art as a strategy for life and survival. To create, in his specific case – without the slightest desire to demonstrate something, or to teach – is to build a place of protection, a haven against everything that threatens life. The studio, a cloistered environment and apart from the world that she greatly appreciates, where she spends long days, sometimes just contemplat- ing her paintings, is a shelter. The bunker of protected, preserved individuality.

Tipees? Let us come to what the title of this series of paintings suggests, a metaphor for art as habitat. Aurélie Gravas, through painting – both the activity, which requires time, and the paint- ings produced, which constitute a victory over experience and over all adversity -, makes her creation a kind of nest, a healthy fallback zone where one can escape the vicissitudes of the pres- ent. Although contemporary with a heavy and often cruel topicality, her painting intends to keep the distance with all painful realities of our present. Instead, from a perspective of escape and overcoming, she uses art as well as this armed practice which allows life to escape from these dra- mas. Indifference ? No. Change of territory, in this case. Aurélie Gravas paints to not let disarray, scandal or fear take control, to spare the possibility of serenity, this fact that has become so rare in our stressed lives.

It is in fact the act of painting, for Aurélie Gravas, an artist at the same time powerful and fragile, like an act of self-protection, against two potential destructions. On the one hand, the destruc- tion to which the outside exposes – nothing is just soothing for a long time, and multiple threats always lurk on the edge. On the other hand, the destruction to which exposes the fear of not being up to the harshness of the world, a fear which makes you prefer sterile confinement, even preventive self-destruction. To paint in the workshop which has become a “tipee”, to generate a painting which is like the existence in the “tipee”, in the hollow of the workshop, this place among all chosen by Aurélie Gravas, her Promised Land, allows for better negotiate with your- self. Helps to control possible panics by converting them into forms. To contain them, these pan- ics, but not to extinguish them completely or suddenly, let us specify: the tipee is not a fortress, it remains a fragile habitat, it is also a floating inhabitant which moves with the movement of life without always being able to escape its constraints and its problematic vagaries.

Aurélie Gravas: her art is linked with the hope of peace, rest, life changing into a qui- et eternity. Painting, in this singular form of nesting, opens a parenthesis, and stabiliz- es the experience, while the threat does not end but remains at the door of the tipee.

Paul Ardenne is a writer and art historian.
He is notably the author of Art, le présent (2009).

 

PRESSE

 

! Sur ses gardes
 » Du Focus Vif du 13/02/2020 (/s/r/c/1251669) 12/02/20 à 21:00 Mise à jour à 10:11

Établie à Bruxelles, Aurélie Gravas a placé sa dernière exposition sous le signe du tipi. Cet abri précaire donne le ton d’une peinture en tension.

© ALICE GALLERY / AURÉLIE GRAVAS

Nouvelles visibilités obligent, c’est Instagram qui a mené Alice Gallery vers Aurélie Gravas (Boulogne-Billancourt, 1977). Nulle autre stratégie dans la démarche réticulaire del’intéresséequecellede »sesentirsoutenueparunecommunauté « .Preuve qu’exister par écran interposé, être virtuellement soumis au regard, c’est d’abord et avant tout… exister. Quatre années se sont écoulées entre une première visite dans l’atelier et l’actuelle monstration. Exactement le genre de long compagnonnage qui ne laisse augurer que du bon. Il faut dire que l’artiste a de la ressource, elle qui déploie en

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Sur ses gardes – LeVif/L’Express sur PC – FocusVif https://focus.levif.be/culture/magazine/sur-ses-gardes/article-norm…

parallèle une signibcative production musicale. Accompagnée par le trompettiste Luc van Lieshout, dont on sait la participation à l’aventure Tuxedomoon, Gravas écrit des chansons et les interprète (via la formation La Femme d’Ali). Est-ce un hasard, la trompette se découvre comme un motif récurrent de ses toiles collées et brossées à la craie, au fusain, à la peinture à l’huile et à l’aérosol? Le début d’une histoire? Certainement pas.  » La narration est quelque chose d’insupportable pour moi « , aerme- t-elle catégoriquement. Du coup, son travail évoque l’articulation, voire la superposition, de formes empruntées à un lexique -le pied, la tulipe, la palette…- qu’elle s’est constitué pour elle-même. Impossible de ne pas penser à Matisse et à ses « cut-outs ». L’excellent historien de l’art Paul Ardenne, qui s’est fendu d’un texte sur l’artiste, sort d’autres références de son chapeau.  » Miró, Morandi, Calder, Paul Klee, le Picasso de La Joie de vivre (1947), Yves Tanguy « , consigne-t-il avec pertinence. Vrai: il y a la fois tout cela et autre chose.

Espèce d’espaces

Convoquer les grands noms s’avère certes rassurant et éclairant, mais a pour revers de raboter une oeuvre parfaitement singulière. Celle-ci séduit en ce qu’elle se tisse une remarquable spatialité. Chaque toile -il y a aussi des dessins- déploie son monde, son univers aux couleurs acides dans lequel il est tentant pour l’oeil de chercher refuge. Il est parfois question d’un dedans et d’un dehors mais pas forcément. Ce qui domine ici, c’est l’élaboration de solutions formelles opérantes, ces « je-ne-sais-quoi », ces « presque- rien » qui font que la composition tient, s’impose. Chaque tableau semble plein, mûr, épanoui.  » Peindre, pour moi? L’envie de créer un espace devant lequel je puisse

rester jusqu’à la Jn du monde « , écrit Ardenne en citant l’artiste. Habiter, dit-elle. Certes… Mais pas s’installer, ne pas être bourgeoisement au monde: Gravas s’interdit le confort, elle qui convie la menace au coeur des périmètres qu’elle imagine. À l’image du tipi, les agencements de Gravas relèvent à la fois de la solidité et de la fragilité. Une tension les parcourt, peut-être d’ailleurs que celle-ci naît d’un état d’entre-deux comparable au statut de la tente indienne: son travail s’érige au croisement de l’abstraction et de la bguration, pour le dire platement. On retient une oeuvre en particulier qui déterritorialise un personnage emprunté à Sonia Delaunay ( Trois femmes, 1925). Elle illustre parfaitement les forces antagonistes qui s’exercent sur la toile: les angles percent les rondeurs, le noir menace d’absorber la couleur, le trait spontané se rappelle au bon souvenir de la géométrie… L’intranquillité règne ici en maître.

Tipees

Chez Alice Gallery, une Aurélie Gravas tripante

Mélanie Huchet


27 février 2020

Alice Gallery présente Tipees, l’exposition de l’artiste peintre et musicienne Aurélie Gravas ainsi que son nouvel album Mad Girls Love Songs joué en live lors du vernissage. Mu in the City y était et vous raconte !

Ce sont deux espaces divisés par un mur que l’on découvre en entrant dans la galerie. Dans le premier, honneur à la série Mad Girls Love Songs (2019). Quinze dessins au format moyen représentent des paysages singuliers, chacun composé des sujets de prédilection d’Aurélie Gravas : poissons, pieds, mains, trompettes, guitares, tulipes, palettes apparaissent dans un contraste de couleurs et de formes abstraites et énigmatiques. Tout y est déconstruit, décousu et ce, dans une parfaite construction. “Cette espèce de foisonnement existe dans le but de ne jamais rien réduire à une chose fixe. Il y a ici une l’idée de vie et de possibilité d’infini. Chaque élément est autonome mais ensemble ils forment une société où tout est possible ». Une multiplicité d’éléments et de matériaux (collage, peinture en spray, craie, fusain sur papier) sollicite l’œil, le corps, on s’approche pour mieux reculer et puis on se fige, contemplatif. On y retrouve aussi cet amour, depuis le tout début de son travail, pour l’Histoire de l’art du XXe siècle. Les résonances aux œuvres d’Henri Matisse, de Jean Brusselmans ou de Tarsila do Amaral sont bien présentes.

L’atelier, un laboratoire expérimental hors du temps

Malgré ces références, les œuvres de la jeune femme passent à travers les mailles du filet de la
ressemblance. Rien de ce que nous voyons ici évoque quelque chose de connu. N’essayez pas non plus d’y voir une narration quelconque. Il n’y en pas. “Ma pensée est abstraite mais ma démonstration est figurative“. L’univers d’Aurélie Gravas n’appartient qu’à elle.

Avant d’en arriver là, cette jeune française installée à Bruxelles depuis 2004, a exploré les différents moyens formels dans son atelier. Un atelier dans lequel elle s’enferme des heures et des heures à réfléchir, tâtonner, recommencer, effacer, découper, coller. Pas très encline aux mondanités du monde de l’art, cette solitaire sociable a fait de son atelier son laboratoire de recherche mais aussi son havre de paix, esquivant les injonctions du monde de l’art contemporain, de cette mode qui grouille à l’extérieur. Seize ans plus tard et plusieurs expositions à son actif, le corpus d’œuvres présenté chez Alice résulte de la ténacité et des explorations de l’artiste, dans une association sublime de couleurs, de formes (figuratives, abstraites, surréalistes) et de gestes maintes fois travaillés.

Un trip musical et pictural sous acide

Le second espace consacré à la toute nouvelle série Tipees – l’habitation traditionnelle des amérindiens – présente de gigantesques formats aux tonalités contrastées magnifiques, lumineux, solaires parfois lunaires. Le soleil tape fort dans un paysage désertique presque apocalyptique (Tipees), une tulipe est en fin de vie déshydratées se retrouve courbée tête en bas (Nature morte à la palette rouge), un personnage féminin en robe bleue et blanche aux motifs géométriques – en référence au tableau Robes Simultanées de Sonia Delaunay – a deux bras (mais une main !), regarde une ombre abstraite noire qui semble hurler à plein gosier (Interior with Sonia). Plus

loin, une forme abstraite apparemment un chevalier et une tulipe semblent en pleine conversation confidentielle (The Knight and the Tulip).

Au centre de la salle, micro, guitare et tabouret attendent cette fois la musicienne. Impérieuse mais sans artifice, de cette beauté naturelle qui la rend si magnétique, Aurélie Gravas enchaîne les titres de son album Mad Girls

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Love Songs. Tantôt d’une voix grave de velours aux brisures suaves, tantôt à la tessiture plus aiguë, plus enfantine (Je suis la femme d’Ali ; I love my wife). Les mélodies mélangent le rock psychédélique aux sons incantatoires des indiens d’Amérique. Les paroles hallucinogènes de la chanson Tipees nous plongent dans un road-trip envahi de tipis, d’un seul lion se transformant en centaine de félins, de l’apparition magique d’une femme distribuant des aiguilles. Dans Larva Whale, l’atmosphère du début rappelle un duel de cow-boys sous le soleil. La mélodie lancinante, sensuelle, angoissante semble convoquer les esprits. Le rythme s’accélère dans Kitoko, on y parle d’Apaches, de peaux d’animaux morts, de trappeuse, avec une énergie créée par la répétition rapide de certaines phrases – comme par exemple « Wolves they don’t like dogs » – dans un crescendo à la fois impitoyable et joyeux. Dans I remember, la chanteuse raconte qu’elle se souvient ne plus se souvenir. Avant de comprendre que son amnésie est le résultat de sa propre volonté d’oublier. Elle tape à plusieurs reprises du talon, créant une impressionnante vibration comme pour expier une colère, une incompréhension. Entourée de ses tableaux, l’artiste fait dialoguer son univers musical et pictural absolument tripant tout en gardant une part de mystère qu’il nous est impossible de percer, tant son travail est introspectif. Une exposition incandescente d’une artiste qui sort enfin ses trésors de son tipi.

 

Article paru dans la libre Belgique

2018

Claude Lorent

AURELIE LA LIBRE PRESSE 090518

texte CL comete

Mélanie Huchet

https://artbruxelles.wordpress.com/2018/05/11/aurelie-gravas-lamour-de-la-peinture-a-linfini/

Aurélie Gravas expose en ce moment « Inner Landscape » sa nouvelle et très belle exposition liégeoise à la Comète. Rencontre avec une jeune peintre prometteuse aussi solaire et lumineuse que ses toiles.

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En arrivant en Belgique en 2004,  la peintre française travaille pendant plusieurs années dans son atelier sans trop se mêler à la vie culturelle environnante. A l’instar d’un laboratoire de recherches, elle y explore d’ innombrables possibilités en s’interrogeant sur la définition de la peinture. « Bien que j’aime réfléchir à la peinture mon travail reste impulsif car j’ai un goût pour le geste, la matière et la couleur ».

Du merveilleux vide contemplatif…

En 2012 le Botanique lui consacre une exposition qui dévoile de nombreux tableaux avec en commun le style figuratif et l’emploi de sujets classiques « C’est plus pratique pour moi de partir d’un sujet traditionnel comme un objet ou un paysage par exemple, je peux me les approprier sans avoir à inventer un monde particulier. Pour moi c’est la matière qui invente et non le sujet . A cette époque, la jeune artiste questionne la surface picturale et plus particulièrement sur ce qui est visible et invisible. Elle utilise des sujets « contenant » tels que l’œuf, la façade, l’atelier d’artistes. «  J’avais comme ça tout un registre de formes qui me permettait de traiter la surface tout en ouvrant un champ de compréhension qui serait à l’extérieur du tableau ». Impossible de ne pas tomber en amour devant les sublimes et énigmatiques tableaux hyper figuratifs «  One hundred years old egg » «  Power » et «  L’atelier de Peter ». Trois grands formats peints à l’huile diluée dégageant une profonde solitude teintée de mélancolie mystique. «  J’utilise le figuratif pour parler de tout à fait autre chose. Ma pensée est abstraite mais ma démonstration est figurative ».

 

… à l’agitation vibrante et foisonnante

A partir de 2015,  la jeune artiste délaisse la peinture au profit du papier et du dessin. «  Je trouvais que la peinture m’obligeait à être dans la fabrication de la matière et j’avais envie d’être dans une immédiateté du geste que le papier m’autorisait ». Elle découpe d’abord ses dessins qu’elle aimante ensuite sur des plaques en métal noir. A cette nouvelle production elle ajoute même des parties extraites de certaines toiles existantes.  C’est le début de sa  » période cut » qui tranche avec son travail précédent. En déplaçant les morceaux de papier sur la plaque, la jeune femme  prend conscience des nombreuses possibilités de compositions qui s’offrent à elle grâce à ce nouveau médium.

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Les compositions imposantes, magistrales nous obligent à s’attarder tant les grilles de lectures et de perceptions sont différentes. Notre oeil ne sait où se poser, notre corps ne peut rester immobile car devant les tableaux d’Aurélie Gravras une chose est certaine… on a la bougeotte! Tout est explosion harmonieuse. Les couleurs chatoyantes se déploient (  rose, bleu, ocre)et s’équilibrent avec le noir et blanc du fusain  « qui calme le regard ». L’emploi de l’aimant assure une nouvelle profondeur à l’oeuvre avec ses papiers qui se tordent, qui se courbent le tout créant des ombres. Les nombreux matériaux utilisés ( craie sèche et grasse, fusain, spray paint, l’huile) contribuent à donner de la profondeur au tableau et à provoquer une vibration foisonnante.  » J’aime faire cohabiter une espèce de brutalité du geste avec quelque chose de plus doux ».  Et tous ces éléments: pied, bouche, seins, fleur, nuage, guitare, yeux, décousus, déconstruits dans une parfaite construction  chacun semblant avoir une vie propre à lui-même.   » Cet espèce de foisonnement c’est pour ne jamais rien réduire à une chose fixe. Il y a ici un foisonnement de vie et de possibilité d’infini. J’aime rendre chaque élément autonome. Ils vivent chacun leur vie mais ensemble ils forment une société où tout est possible « 

Alors que son travail de 2012 nous plongeait avec délectation dans une profonde contemplation, Aurélie Gravas semble à présent (consciemment ou pas!) interagir avec le regardeur. Elle nous fait participer, elle nous fait travailler car ici les références à l’histoire de l’art se bousculent dans notre tête, références assumées avec joie par la jeune peintre amoureuse de la peinture et de ses génies. Bien sûr on y voit Picasso, Braque, Matisse, Brusselmans,  Léger et tant d’autres de ce merveilleux et bouillonnant vingtième siècle!  Aurélie Gravas appartient à cette génération qui reformule, réinvente les grands mouvements artistiques avec beaucoup d’intelligence puisqu’elle nous propose son univers si singulier si poétique.  Elle nous montre qu’il reste encore tout un champ de possibilités à explorer, à renouveler. Les travaux d’Aurélie Gravas sonnent comme une déclaration d’amour à la Peinture et à la promesse d’une création jamais figée, toujours re-inventable à  l’infini. Une artiste coup de coeur à suivre de très près.

 

 Muriel de Crayencour dans mu-inthecity

2018

Filez sans tarder à Liège admirer le remarquable travail d’Aurélie Gravas à La Comète, ancien cinéma adossé à l’Espace 251 Nord conduit par Laurent Jacob. Jusqu’au 12 mai, les tableaux de la jeune Française déploient leurs charmes enivrants dans l’immense espace blanc.

De grandes formats à la craie, au spray, dès l’entrée. On y voit des figures, souvent un visage, des yeux, des morceaux de corps, parfois des oiseaux ou une fleur. Puissants, colorés, ils déploient des formes que nous pensons reconnaître et qui pourtant discutent entre elles d’une manière très nouvelle. Tout d’abord, fameux challenge que de tenir le coup dans cette immense salle très haute de plafond et à l’éclairage zénithal. Il faut être drôlement costaud. Les œuvres de Gravas le sont !

Sujets souvent classiques, portraits, visages… « Mes sujets sont plutôt classiques et j’aime qu’ils soient validés par l’histoire de l’art. Elle me fascine, mais aussi les peintres. Leur vie m’émeut. Picasso, Marthe Donas…  » Par cette réappropriation, l’artiste peut se concentrer sur la composition, les matières, les formes à l’intérieur du propos simple et maîtrisé.

« La peinture, c’est difficile, nous explique Aurélie Gravas. On ne devient pas peintre en un an. Il faut bien une dizaine d’années pour produire quelque chose qui nous appartient. Cela fait 15 ans que je peins mais aussi que j’utilise des aimants pour ranger les morceaux de papier sur des panneaux de métal dans l’atelier. Ces compositions involontaires m’intéressaient par le foisonnement de couleurs et de matières qu’elles produisaient. » Ce sont donc aujourd’hui pour la plupart des œuvres composées sur plaques de métal qu’on peut voir.

Ainsi, Dark Annie, une composition de 200×250 cm de papier, cartons et papiers découpés puis fixés sur une plaque de métal noir par de simples aimants. Chaque forme tient par un seul point, ses bords se décollant tranquillement du fond, parfois se courbant et créant une ombre, vivant leur propre vie. Un visage, rose fluo, une chevelure jaune, un œil, un morceau d’oreille, une épaule sur le fond noir. Courbes, formes prêtes à s’envoler, légèreté du papier contre la densité du métal. Ces compositions aux aimants ne sont pas destinées à être modifiées par le spectateur. L’idée est plutôt que chaque forme soit autonome.

Dans l’exposition All places are temporary palaces montée par Laurent De Meyer au Penthouse Art Residency, au 9e étage du NH Brussels Bloom pendant Art Brussels, et que l’on peut encore voir les 28 et 29 avril (de 15h à 18h), Gravas présente une œuvre dont le sujet principal est une silhouette définie comme celle de Sonia Delaunay et qui est entièrement détachée du tableau. Elle est d’ailleurs assise un peu plus loin. Toute échappée.

« La peinture est un processus lent, continue Gravas. Plus on peint, plus on sait ce qu’on ne doit pas peindre et plus on s’autorise des choses. Ce procédé de cuts, je me le suis autorisé. »

Un autre tableau reprend ces motifs et formes sur une surface aimantée. The Painter est le portrait d’un peintre. Cela pourrait être Rembrandt. Il nous semble reconnaître son regard. Autour du visage, une forme découpée, croissant formant comme une écharpe. Dans le bas du tableau, la palette du peintre. Dont la forme fait écho à celle de l’oreille jaune que l’on voit plus haut. Pour The Painter 2, le visage s’embarque vers Bacon et ses textures fondues et charnelles. Inner Landscape, qui donne son nom à l’exposition, reprend le procédé des papiers découpés, à peine fixés, sur toile. Dans les reliefs qui se déploient, une vie propre, celles des formes, qui dansent un peu, cherchant un équilibre, celui-là même que l’artiste leur donne. Aurélie Gravas ordonne. Et soudain, le tableau est là. Ne bougez plus.

Pour le finissage le 12 mai, concert d’Aurélie Gravas (chant), Luc Van Lieshout (trompette) et Louis Evrard (batterie) à 17h.

Aurélie Gravas
Inner Landscape
La Comète
251 rue Vivegnis
4000 Liège
Jusqu’au 12 mai
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.e2n.be

 

 

Michel Céder

Oser et risquer. L’audace, comme acte premier, en multipliant et diversifiant les sources au sein de l’histoire des arts au point de porter le risque jusqu’à la limite de l’image.
Sans doute que le plus important se concrétise par l’émergence d’un nouveau dispositif qui met en jeu le « cut » (et non la citation ou le collage), aimanté sur une plaque de métal ou signifié comme tel dans la représentation. Une manière pour la composition de prendre ses libertés avec les conventions classiques et d’étaler son hétérogénéité sans retenue en associant tous les types d’adaptation et toutes les possibles ruptures. La visée est à la fois de préserver l’autonomie des cuts et d’imposer une vision d’un ensemble (dés-)intégré, (afin de mettre à mal nos habitudes visuelles).
C’est au-delà de la composition qu’un autre langage s’impose : chaque fragment « flotte », quitte à fragmenter la représentation (d’autant que rien n’empêche de déplacer un cut), mais sans renoncer à nouer des liens de proximité et aussi sans oublier d’inventer des constellations de rapports plastiques sur toute la surface de l’œuvre. Peinture et poésie n’ont jamais été aussi proches dans leur fonctionnement.
Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. D’autres pistes, s’appuyant sur un questionnement plus radical de la peinture, manifestent une « violence symbolique », au point de provoquer un glissement généralisé du registre de la forme à celui du contenu.

 

 

 

 

article paru dans la Libre Belgique

2013

Claude Lorent

INSTALLÉE EN BELGIQUE DEPUIS NEUF ANS, Aurélie Gravas trace lentement son chemin au gré de quelques expositions, dont deux récentes vien- nent de braquer le projecteur sur son travail. Son mentor n’est autre que le plasticien bruxellois Pascal Bernier, à qui elle doit son premier atelier en arrivant de France, en 2004, et qui, convaincu – bien à raison – par le travail pictural de la jeune artiste, l’a invitée à exposer à deux reprises. Et pas n’importe où. En septembre, dans un collectif en la nouvelle galerie de Valérie Bach et, tout récemment, pour un solo en la galerie du Botanique.

Malgré cela, malgré sa participation à un groupe de jeunes artistes, elle éprouve un peu de mal à s’insérer et à se faire reconnaître dans le milieu artistique bruxellois et belge. Sans doute parce que, venant de France – elle est parisienne, née en 1977 – elle n’a pas eu l’occasion de se créer un réseau naturel via la scolarité. Nul doute, néanmoins, que son talent pictural n’aboutisse rapidement à cette reconnaissance méritée. Son destin artistique ne fut ni prémédité, ni inné. Son cursus l’a initialement conduite vers le droit, avant de fréquenter un atelier et de s’inscrire en histoire de l’art à la Sorbonne. Gagnée par le virus – qu’elle n’avait pas ressenti s’immiscer en elle durant sa jeunesse, alors que son père, en collectionneur amateur, couvrait inlassablement les murs de peintures de portraits ou de paysages , elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Marseille !

Finalement, maman d’une petite fille, elle se fixe à Bruxelles, pour raisons personnelles. Non sans avoir connu, toutefois, quelques coups de cœur artistiques avec Derain, qui la trouble émotionnellement, avec Rothko, et, surtout, avec Piero della Francesca en Italie, où elle goûte aussi à la lumière. Il y aura également Richter et, surtout, Peter Doig, qui l’influencent.

Depuis, elle peint. Inlassablement. Compte quelques expos en France et en Belgique. A participé à un voyage en Chine. Elle lit aussi. Les écrits d’artistes, surtout; mais elle pense qu’ils mentent en donnant certaines explications. “Il n’y a pas d’explication à donner devant une peinture, elle doit vibrer ou pas !” Stefan Liberski a publié une nouvelle inspirée de ses peintures et, depuis une résidence privée ardennaise entre sept filles artistes, elle fait partie d’un collectif avec lequel elle se produira très prochainement en concert à Liège (le 25 à la caserne Fonck). Sa participation ? Les textes de chansons et la voix, mais peu d’instrument. Sa passion, sa vie, c’est la peinture. “C’est le médium le plus immédiat. Le sujet n’est pas prémédité, il se définit en peignant, c’est la peinture qui le fait exister. J’ai appris à être plus patiente qu’au début, à prendre le temps de regarder la peinture s’accomplir. Il faut aborder la peinture elle- même bien davantage que le sujet et surtout ne pas s’enfermer, laisser agir jusqu’à ce que ça se tienne.”

Sa recherche fondamentale est la conquête progressive d’une liberté la plus totale possible, celle qui fait que la peinture est à la fois la pensée, le faire et le plaisir. “La peinture est une histoire de transformation, une conjugaison entre les contraintes inévitables et la quête continue de la liberté. C’est Docteur Jekyll et M. Hyde, des questions et des réponses en même temps”. L’anecdote est bannie au fur et à mesure qu’avance la peinture, “Les choses sont à la fois formulées, reconnaissables et étranges”. Le bizarre est de la partie, mais c’est la force de cette peinture. Elle intrigue, elle résiste, elle ne se laisse jamais totalement appréhender !

Claude Lorent

 

Au­delà de l’image

2013

Pour son ouverture à Bruxelles, l’enseigne suisse Heinzer Reszler dont la galerie siège reste à Lausanne, a invité une jeune artiste basée à Bruxelles, Aurélie Gravas qui fait partie des Jeunes artistes Arts Libre 2013 et sera à ce titre présente prochainement dans l’expo à la Médiatine. Une belle opportunité de voir un spectre très large du travail pictural de cette jeune Française. Une orientation également donnée par la galerie de s’intéresser aux jeunes artistes et de les faire circuler entre la Belgique et la Suisse, ce qui représente pour eux une belle opportunité. Cette exposition confirme l’excellente impression laissée lors de l’exposition d’Aurélie Gravas au Botanique. Avant d’être face à des images on est confronté à la peinture pour elle­même. Et plus les images résistent à toute interprétation rationnelle, plus l’attention se portera sur la peinture elle­ même. C’est tout le pari d’Aurélie Gravas que de jeter le trouble plus avant encore dans sa toile la plus récente, traitée dans la luminosité des jaunes, “Chemistry” qui en réfère justement à cette chimie, on pourrait

pratiquement dire alchimie, qui conduit à la transformation d’un état à un autre, celui atteint étant pleinement artistique. L’artiste ne s’embarrasse pas d’un vocabulaire unitaire, au contraire elle multiplie au sein de chaque peinture les manières et les formes qui lui permettent de mettre en place une sorte d’énigme à laquelle tout peut participer pourvu que l’existence de chaque composante enrichisse un tout dans lequel priment les qualités picturales. Sans a priori la gestuelle vive rejoint une zone de calme, une construction s’imbrique dans une abstraction, une figure improbable côtoie un motif précis. Et chaque œuvre, dans ces associations, trouve son état final. (C.L.)

 

BIOGRAPHIE

 

AURELIE GRAVAS

26/08/1977

Avenue d’Uccle 12

1190 Bruxelles

0032 495 42 39 32

www.aureliegravas.com

 

FORMATION/DIPLÔMES

1996             Licence de droit Paris X Nanterre (FR)

1998             DEUG d’histoire de l’art Paris La Sorbonne (FR)

2003             DNSEP Beaux-arts de Marseille (FR)

2006             Licence en arts visuels et de l’espace – Communauté Française de Belgique (BE)

PRIX ( sélections)

 2014             ARTCONTEST – Belgique

2013              PRIX ARTS LIBRES – Belgique

2009             PRIX COLLIGNON – Belgique

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES

 

2018             QUE PEINDRE – Galerie EVA STEYNEN

INNER LANDSCAPE – ESPACE251NORD – LA COMETE – Liège (BE)

2016             Galerie HEINZER RESZLER – GUITAR SOLO – Lausanne (CH)

Galerie EVA STEYNEN – DARK ANNIE – performance LA FEMME D’ALI – Anvers (BE)

2014             Galerie HEINZER RESZLER – LES OBJETS UTILES – Lausanne (CH)

Galerie EVA STEYNEN – JOUET DESTINE A TOURNER SUR LUI-MEME LE PLUS  

                      LONGTEMPS POSSIBLE EN EQUILIBRE SUR SA POINTE – Anvers (BE)

2013             Galerie HEINZER RESZLER – MISTER HYDE – Bruxelles (BE)

2012             Musée du Botanique – NOTHING INSIDE BUT YOU – Bruxelles (BE)

2011             Établissements d’en face avec – THE AFTER LUCY EXPERIMENT – ( collectif) Bruxelles (BE)

Galerie Marie Cini – OSLO – Paris

Galerie NEGEN PUNT NEGEN – AAFSPRAAK – Rooselaere (BE)

 

EXPOSITIONS COLLECTIVES

 2018             NICC ANVERS

                       ALL PLACES ARE TEMPORARY PALACES – PENTHOUSE ART RESIDENCY

2017             LES ELEGIES DE DUINO – Galerie EVA STEYNEN – Anvers (BE)

2016             DENDROMORPHIE : CREER AVEC L’ARBRE – Paul Ardenne – TOPOGRAPHIE DE L’ART

                      BOURGOGNE TRIBAL SHOW – Foire d’art premier – Art contemporain – Abbaye de Cluny

                       OUT OF AFRICA Bruxelles (BE)

2015             Galerie EVA STEYNEN Anvers (BE)

2013             ARTCONTEST – DE MARKTEN Bruxelles (BE)

Galerie MARION DE CANNIERE THE GUNSHOT (Hans Theys) Anvers (BE)

LA MEDIATINE – Prix Arts Libres Bruxelles (BE)

2012             Galerie VALERIE BACH – 13 PEINTRES ET MOI – Curateur : Pascal Bernier – Bruxelles (BE)

RÉSIDENCES

2015             Le centre du monde – w/LA FEMME D’ALI – Belle ile en mer (FR)

2016             B.A.D – Building For Art Department – Bruxelles (BE)

LA RAFFINERIE / CHARLEROI DANSE – Bruxelles (BE)

2017             Atelier de Pierre et Robert Droulers – Saint Rémy de Provence (FR)

 

FOIRES/BIENNALES

2017             Biennale 09 Oh les beaux jours ! (Angel Vergara et Joël Benzakin) – Louvain-La-Neuve (BE)

2016             ARTGENÈVE – Galerie HEINZER RESZLER – Genève (CH)

2014             ARTGENÈVE – Galerie HEINZER RESZLER – Genève (CH)

2011             DRAWING NOW PARIS – Galerie MARIE CINI – Paris (FR)

2004             MULHOUZE 04 – Biennale d’art contemporain des diplômés des Écoles d’art (FR)

PUBLICATIONS

2012

JOUET DESTINÉ À TOURNER SUR LUI-MÊME LE PLUS LONGTEMPS POSSIBLE SUR SA POINTE @Galerie EVA STEYNEN (BE)

L’Art Même – LA CLE DES CHAMPS – Article d’Antoni Dominguez

2013

La Libre Belgique – AU DELÀ DE L ‘IMAGE – article de Claude Lorent

2014

FOCUS – Interviews et articles sur les articles belges contemporains – Hans Theys @SNOECK Publishers

2016            

DARK ANNIE – EVA STEYNEN ÉDITIONS (BE)